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Projet Cartable numérique de Montpezat

1er septembre 2002

Projet Cartable numérique de Montpezat

Ce bilan concerne l’année scolaire 2001-2002, soit la première année d’un projet pilote de trois ans qui vise à suivre une classe d’élèves de la cinquième à la troisième dans le collège de Montpezat en Ardèche dans leur utilisation d’un dispositif technologique spécifique tout en élaborant des pratiques pédagogiques et des démarches d’apprentissage innovantes.

Le dispositif

1) Chaque élève et chaque professeur dans cette classe dispose d’un ordinateur portable et d’une connexion internet à la maison afin de favoriser le travail personnel, l’autonomie et une approche pédagogique qui n’est plus systématiquement liée aux lieux d’apprentissage et aux heures-classe d’un établissement scolaire traditionnel.

2) Une salle a été spécialement aménagé avec des postes informatiques fixes, escamotés, à l’usage de chaque élève de la classe, et accessoirement aux autres classes de cet établissement. La salle est aussi équipé d’un serveur, d’imprimantes, d’un scanneur et d’un vidéo-projecteur avec écran interactif pour favoriser une palette très large de démarches et de pratiques pédagogiques innovantes, car l’utilisation concrète et efficace d’un tel dispositif reste à créer. Nous sommes donc dans le domaine de l’expérimentation autant en ce qui concerne le matériel que les pratiques qui s’y déroulent.

3) Une séance hebdomadaire de concertation, de formation et de suivi a été mis en place avec l’ensemble de l’équipe afin de favoriser le développement d’un dynamique pédagogique importante et nécessaire à la poursuite du projet.

Les élèves

1) Le premier objectif, de s’assurer que les élèves de cette classe ne subissent pas de retard ou d’autre préjudice par rapport aux autres classes de leur division est largement atteint. Les quelques craintes du début d’année liées par exemple au lenteur de rédaction sur le clavier se sont évanouies et à la place nous pouvons constater de nombreux exemples de progrès et de démarches innovantes et parfois inattendues, même si pour l’instant la plupart des réalisation concrètes des élèves restent assez classiques.

2) Le comportement des élèves et la dynamique de la vie de classe semblent très favorables. les élèves semblent plus concentrés et donc moins sujets aux distractions et aux perturbations que les autres classes de leur division. La salle informatisée semble favoriser une attention et une production accrues, ainsi que des initiatives autonomes intéressantes, comme les élèves qui envoient spontanément leur notes de cours à un élève malade. Ils semblent aussi se rendre compte qu’avec ce dispositif ils peuvent devenir plus actifs dans leur propre apprentissage, et ils apportent régulièrement des éléments provenant du travail à la maison ou de leurs recherches personnelles.

3) Le fait de disposer d’un équipement à la maison nous a semblé essentiel à plus d’un titre. Les élèves se prêtent volontiers et souvent spontanément au travail de groupe et à l’entraide, échangeant de nombreux mèls les uns avec les autres et avec leurs professeurs. L’utilisation de divers logiciels à la maison leur a permis de les maîtriser beaucoup plus rapidement et à acquérir une vitesse et une facilité de rédaction nécessaires à tout travail en classe basé sur support informatique. Ces progrès ont favorisé la prise d’initiative de la part des élèves et a libéré les plus timides du poids du regard des autres, permettant ainsi une expression personnelle plus épanouie.

4) Néanmoins, nous avons en cours d’année ressenti de plus en plus un vrai besoin de plate-forme collaborative, car le courrier électronique ne nous a pas permis d’aller aussi loin que ce que nous aurions pu souhaiter. Nous nous sommes aussi posé la question de savoir si certains de ces "progrès" n’étaient pas dûs simplement au fait de la sélection préalable des élèves qui constituent cette classe. Une classe d’élèves plus en difficulté aurait-elle autant profité des possibilités ouvertes ? L’outil informatique aurait-il pu constituer un obstacle à l’apprentissage plus qu’une aide ? Sans doute le fait de travailler avec une "bonne" classe nous a faussé les résultats sur un plan purement expérimental, et avec une classe plus "difficile" il aurait fallu déployer d’autres outils ou d’autres approches. Seulement une expérimentation plus large pourra trancher.

Les pratiques pédagogiques

1) Il est important de préciser que nous avons commencé l’année avec une équipe pédagogique très novice en informatique, qui n’a pu commencer sa démarche de formation qu’à la rentrée en septembre. Les collègues ont dû maîtriser à la fois les nouveaux logiciels, les nouveaux supports, la communication par internet, les approches pédagogiques innovantes et tant d’éléments nouveaux encore qu’il serait surprenant que nous n’ayons point rencontré d’obstacles et de contretemps en cours de route. La salle a pris très longtemps à être installée correctement et des éléments d’apparence anodins, comme l’accès aléatoire à l’internet ou l’absence de rideaux qui rend difficile la lecture de l’écran sous le soleil de l’après-midi, ont pu s’avérer gênants.

2) Néanmoins, tous les collègues ont pu utiliser de façon intéressant certains des outils mis à leur disposition. Par exemple, le professeur de maths a profité du logiciel Trans-Maths pour faire des démonstrations, des corrections collectives et lancer les élèves sur des pistes individuelles. Les professeurs de SVT et d’histoire-géo ont pu profiter du contenu très large de "l’i-manuel" pour enrichir leurs cours. Les professeurs de français et d’anglais ont pu réaliser beaucoup de projections et faire réaliser des présentations à leurs élèves qui étaient soit présentées à la classe entière, soit envoyées par courrier électronique. En anglais ils sont allés jusqu’à écouter des enregistrements envoyés par mèl et faire leur propres enregistrements sur l’ordinateur à la maison. En techno, les élèves ont pu aller beaucoup plus loin dans la bureautique, la création de pages web et d’autres types de production avec l’outil informatique que les autres classes.

3) Tous les professeurs ont participé, à des degrés divers, à l’échange de courriers électroniques avec leur élèves, soit pour recevoir l’envoi de devoirs faits à la maison, soit tout simplement pour dialoguer avec les élèves. Cela répond directement à l’un des objectifs fixés au départ du projet, à savoir le suivi individualisé des élèves. Nous avions envisagé dans un premier temps un système compliqué de tutorat distribué au sein de l’équipe, mais finalement cela s’est très bien mis en place tout seul de façon spontanée entre les élèves et les professeurs de chaque matière, lors de l’apparition de problèmes spécifiques. Encore une fois, nous avons progressivement ressenti le besoin d’un vrai outil de collaboration plus costaud que le simple envoi de courriers. La mise un place d’une telle plate-forme reste un de nos objectifs prioritaires pour l’année prochaine.

Limites du projet

Enfin, il faut constater que notre projet n’est qu’à sa première année, et qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir sur le plan pédagogique. Les pratiques pédagogiques sont sans doute assez souvent restées trop proches d’une démarche magistrale-transmissive traditionnelle, et le plus-valu du dispositif informatique n’a pas toujours été aussi évident que nous aurions pu le souhaiter. Cela tient en partie du point de départ de l’ensemble de l’équipe et de la mise en place tardive du dispositif, mais il n’est pas raisonnable non plus de s’attendre à ce que ces collègues, avec toute la charge de travail de leur service et de l’apprentissage de ces nouveaux outils, puissent pondre tous seuls des outils hyper-perfectionnés de pédagogie constructiviste en une année. Nous attendons donc beaucoup de la mise en place d’un réseau d’encadrement et de soutien à l’innovation au niveau académique, et de la coordination des différents acteurs tels que les IPRs, les IA-NTEs, les formateurs IUFM et la mission TICE qui s’est fait un peu attendre, il faut bien le dire, cette année.

Perspectives pour l’avenir

Nous restons néanmoins très optimistes pour la poursuite du projet dans le collège de Montpezat. Nous souhaitons trouver plus de passerelles avec d’autres projets, nationaux et locaux, comme les itinéraires de découverte, le B2I et des projets de correspondance et de voyage au sein de l’Europe. Nous espérons faire de ce projet un "déclencheur de vocations" tout en poursuivant des objectifs pédagogiques locaux, comme le travail sur projet, la prise d’autonomie progressive, la mutualisation de ressources et la transformation radicale des pratiques d’enseignement et d’apprentissage. Ces évolutions à long terme devront rester en vue de notre équipe, tout en nous occupant de la gestion du quotidien et la poursuite du projet. Des réponses au niveau académique devront être apportées sur des questions comme la disponibilité des manuels sous forme électronique et l’aide par matière à la mise en place de pratiques pédagogiques innovantes, mais nous restons confiants que l’Académie de Grenoble saura mettre les moyens nécessaires à la disposition de ce projet, afin de garantir sa réussite et son extension à d’autres établissements dans l’Académie.

L’équipe du projet

Albert Salomon (concepteur du projet et principal par intérim)

Danielle Geneston (anglais et professeur relais)
Valérie Mély (français)
Josiane Théron (SVT)
Catherine Challaye (histoire-géo)

Jack Laffrat (maths)
Nicolas Mutin (techno et gestionnaire du réseau)

Bernard Géneston (EPS)
Philip Benz (coordinateur de formation)

Compte rendu préparé par l’ensemble de l’équipe et rédigé par Philip Benz.

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